Sarkozy a divorcé... avec les paysans.

Opinion de Philippe BAUMEL, parue ce jour.



La droite fuit le monde agricole. Après en avoir fait l’une de ses clientèles privilégiées pendant quelques décennies, après avoir fait de plusieurs syndicalistes agricoles des ministres, la droite française semble s’être totalement coupée d’un monde qu’elle ne connaît plus et qui ne la reconnaît plus.

Au fond, ce pouvoir fasciné par l’argent, dont la soumission à l’idéologie dominante le pousse à ne considérer que la rentabilité à court terme, ce pouvoir qui est allié à la globalisation financière peut-il voir dans l’agriculture une richesse ? Pis, peut-il considérer ce secteur comme digne d’intérêt puisque n’étant pas rentable dans l’instant ?


Dérégulation totale
Nicolas Sarkozy hérite donc d’une clientèle électorale qui l’indiffère, qu’il ne comprend pas et qu’il ne pourra pas comprendre. Il a choisi d’engager avec elle un jeu de cache-cache … A mesure que l’on s’oriente vers la fin de la Politique Agricole Commune, le pouvoir camoufle de plus en plus difficilement son incapacité à penser l’avenir d’une politique qui demeure pourtant essentielle. Sa responsabilité dans la crise du lait est immense.

Face à la dérégulation totale, face à la suppression des quotas confirmée par le commissaire européen à l’agriculture, qu’a fait le gouvernement français ? Un peu de communication et puis rien : la dérégulation s’applique ! L’intégrale soumission au marché, celle qui consiste, depuis 40 ans, à considérer que l’agriculture ne peut avoir d’avenir que dans un vaste marché mondial mais qui, dans le même temps, prétend défendre la survie de nos agriculteurs, cette logique-là arrive à son terme. Elle est minée par trop de contradictions pour ne pas succomber à la pression des faits.

Peut-on, à cause d’un non choix, s’orienter vers une France qui ne compterait plus que 200 000 à 250 000 agriculteurs ? Le pari fait par la commission européenne d’une importation durable de produits agricoles à bas prix est une aberration. Qu’est-ce qui garantit à l’Europe un approvisionnement continu et sans risques sur une période pluri décennale ? Qu’est ce qui garantit, sur le long terme, la faiblesse des prix ? On le voit très vite, il y a une nécessité vitale de changer de politique agricole et d’en inventer une nouvelle…


Pour un "bouclier rural"
Repenser l’agriculture en France est donc un impératif. Une fois affirmée cette évidence, il convient de savoir quelle politique concrètement on veut mener pour les prochaines décennies. Utilisons le rendez-vous des élections régionales pour promouvoir et aider une restructuration complète des filières de production et d’achats à partir de la demande considérable en produits et denrées alimentaires que constituent, rien qu’en Bourgogne par exemple, les 35000 repas servis chaque jour dans ses 124 lycées.

Créons une centrale d’achats de proximité dans chaque région, structurant ainsi des filières courtes et constituant un revenu concret pour les agriculteurs qui répondrons à cette offre. Et si l’Etat veut vraiment aider à cette réforme, et bien qu’il y participe sincèrement par des aides non pas de compensation, mais par un soutien d’avenir à des productions consommées dans la proximité.

Voilà ce que peut être un bouclier rural plus utile à notre société que le bouclier fiscal qui ne protège que ceux qui n’ont pas besoin de l’être. L’agriculture ne doit pas être un mistigri que l’on se passe sous le manteau, mais bien un cap pour une autre société moderne au XXIème siècle, consciente de ses besoins et respectueuse de ses producteurs, tout autant que de son environnement.

Nourrir un pays, maîtriser son autosuffisance alimentaire, renforcer le lien entre production de denrées agricoles et société sont quelques clés de la politique à mener. Il le faut pour des raisons stratégiques, économiques, politiques, sanitaires et environnementales.

Mercredi 3 Mars 2010
Gaël BRUSTIER
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